26.06.2009

Michael Jackson est mort

Michaël Jackson est mort hier, officiellement d’une crise cardiaque, peut être d’un cancer, sans doute d’une liaison trop intime avec le bio-pouvoir. A coups de molécules, d’hormones, de greffes, de traitements, l’homme avait voulu incarner une humanité mutante dans le cadre de l’Occident, une nouvelle race, ni blanche, ni noire, ni femme, ni homme, ni enfant, ni adulte.

 

On l’a dit Peter Pan ou Bambi, il fut cela bien sûr, mais dans les yeux de beaucoup, il fut essentiellement une bonne nouvelle, une promesse, une sorte de Messie. C’est encore Jack Lang qui, dans son emphase, vend la mèche. « On le croyait immortel » dit-il, on le croyait le Dieu éponyme de l’humanité à venir, vierge mais déjà cryogénisée, devenue la progéniture d’alambic et de génome mêlés d’un Gattaca sans passé, aux mains des bistouris et des assistances médicales en gants blancs qui offrent sur un plateau un Temple de glace où adorer la réconciliation des éternelles jeunesses qui font ce visage final de Michael Jackson, le visage terrifiant d’un vieil homme s’emparant d’une enveloppe corporelle frêle et comme déhiscente, déjà prête à s’effondrer.

 

La dernière image de l’idole planétaire pleurée de Tokyo jusqu’à Los Angeles le montre un masque sur le visage, entrant ou sortant d’une ambulance, le dernier plan séquence de l’idole est pris en plongée. Quatre hommes soutiennent de leurs bras un sarcophage post-moderne, une sorte de caisson lisse, brillant de son éclat métallique, comme si cette idole, après passage par la morgue, n’allait pas finir six pieds sous terre avec des poignées d’argile, s’abattant sur son linceul mais dans une sonde spatiale, comme ces barques des anciens pharaons défunts retournant vers les étoiles.

 

Phantom OF Ben Gazzara

25.06.2009

Fat Bastard

La première fois que j’ai vu ce type, c’était autour d’une télé allumée sur un match de coupe d’Europe où jouait les Rangers. Cela ne ressemblait à rien, les verres, les joints tournaient, on devait bien croquer dans une pizza refroidie en cancanant sur je ne sais quoi tandis que défilait un album de Nirvana dont je ne souviens même plus si le chanteur avait dessoudé.

 

Tout à coup, au milieu de rien, j’ai vu une masse gras du bide, partir droit au but, en enchaînant les dribbles, en évitant les tacles et le maillot arraché, son visage rougeaud m’ évoquait celui des rugbymen de mon enfance, il en avait tous les stigmates, le mouvement lourd et puissant, le pas chaloupé de celui qui a commencé la troisième mi-temps dans les vestiaires et même bien avant, l’exaltation devant la victoire, un frémissement d’enfant ou d’idiot du village.

 

Ce type c’était Paul Gascoigne.

 

Il incarnait comme jamais l’Angleterre des éternels loosers, le bas côté des années Thatcher, un laissé pour compte édenté qui se marre devant le viseur en tabassant son pote une bière à la main ou le contraire. Il n’y avait en lui rien de mystérieux, juste l’énergie brute de celui qui se jette dans la mêlée parce que là sont ses potes, là sa vie, là tout son manque à être qui le fait tituber une fois le stade franchi.

 

Gascoigne ne fut jamais une idole, on aurait dit une baudruche inventée par Oxford et Cambridge pour que la populace se déchaîne devant son miroir grimaçant. Un portrait de Dorian Gray sur pattes voilà ce qu’était Gascoigne, la peinture mobile de la déroute finale de la working class qui n’avait même plus de boulot et ne servait à rien sinon à distraire des canapés arides où on s’échange des coups et des volutes.

 

Des amis bas du front, une femme avide, des coups d’éclat qui ressemblent à des farces de gros benêts, Gascoigne amusait l’ Angleterre parce qu’elle n’avait pas peur de son Donald Duck roulant sur l’asphalte en jetant ses shillings par toutes les ouvertures de son boxer-short. Lorsque Blair vint au pouvoir, elle en avait assez, la sémillante Angleterre, de son image ringarde, elle voulait du moderne, elle avait baptisé ça New Labour, elle voulait dire New Glamour.

 

Fini les pleurs sur les usines en ruine, les trémoussements archéo-trotskiens de Ken Loach, le son saturé de Jésus and Mary Chain avec son Psycho Candy mélancolique, fini la verve d’apocalypse du Naked de Mike Leigh, fini tout ça, place à la fête technicolor and very hype de la New Economy avec ses portails internet et ses employés dématérialisés en cyborgs à chemises, voici le tour des David Beckham.

 

Aussi, le temps des Gascoigne touchait à sa fin. Le sélectionneur de l’équipe d’Angleterre l’écarta sous un prétexte divers de la coupe du monde 1998. En bon prolo, Gascoigne alla ravager sa chambre d’hôtel, but comme un trou et se ramassa pelotonné et grelotant de l’autre côté du Channel.

 

On me dit qu’aujourd’hui le bon apôtre sort de désintoxication, qu’il voue ses jours et ses nuits à l’infinie pesanteur de se sentir moins qu’une merde en s’éveillant, tout de même, au son de son nom qui lui renvoie en écho la clameur des supporters, entonnant son chant, celui du Fat Bastard.

 

Phantom Of Ben Gazzara        

22.06.2009

Nostalgie des origines

Des quatre coins de la terre, je reçois des messages facebook de gens qui portent mon nom, comme si une diaspora partie des marais et des lagunes de Vénétie avait envahi les terres émergées et décidaient de se regrouper sur le totem de la tribu, l’ancêtre éponyme qui nous tient tous dans les huit lettres de ce patronyme qui sent l’invasion barbare comme me l’avait dit élégamment un professeur de fac avant de me tisonner à la question piégée et que je ne l’insulte à moitié.

 

Des quatre coins de la terre des femmes et des hommes qui ne savent plus très bien ce qu’ils sont voudraient bien organiser un buffet sans frontières avec d’autres hommes et femmes avec qui ils ne partagent que huit lettres homonymes. Des quatre points cardinaux ils brillent de leurs pixels pour ajouter à la liste de leurs contacts facebookiens l’anicroche du grand mystère des origines.

 

Cette passion anecdotique pour le même, pour le proche, pour le contigu indique bien la ligne qui vient comme si le lien démocratique, son amour effréné du semblable accomplissait désormais la totalité de ses effets. Foin des alliages de la nation, de l’amour, de la culture, de la civilisation, retour au sang, à la pure logique du sang mais sans le théâtre en majesté des noblesses d’antan sorties du fumier des étables mais dans l’écrin de la légende. 

 

C’est la horde qui se présente, la fraternité cannibale, le désir forcené d’authentique avec au bout de la nuit, la singerie de se croire une lignée comme si le temps n’avait pas fait son œuvre, comme si l’histoire n’était même plus raturée mais damnée, chassée de la mémoire afin de revenir au bruit des chariots, au pelage des bêtes, à la massue, à l’épée, au temps des invasions et des anachorèses, comme si l’Occident chantait les vers lugubres d’un chamane en habit technophile.

 

Phantom Of Ben Gazzara

18.06.2009

Sérénade

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Où ? Comment ? N’est-ce folie que vivre encore ? Ah mes amis, c’est le soir qui de la sorte par ma bouche interroge. Pardonnez à ma tristesse ! le soir est tombé, me pardonnez que soit tombé le soir !

10.06.2009

Palestinien

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08.06.2009

Omar est mort

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Omar est mort dans une clinique espagnole tandis que les autorités françaises prises d’une soudaine crise d’herpès mémoriel venaient de jeter un coup de canif dans le patrimoine immobilier de notre ami françafricain comme on dit à gauche.

 

Omar devait sa fortune au pétrole donc à Elf qui l’avait fait prince, grand argentier et agent d’influence électoral, j’attends donc que se prosternent devant sa dépouille d’ancien facteur de l’AOF tout ce que la France compte de députés gaullistes, socialistes et démo-chrétiens en mal de liasses. Pour les frontistes, je ne me prononce pas, je ne sais.

 

Omar avait changé de nom en cours de vie comme on change de religion et de lien ombilical. L’OPEP valant toutes les messes, il fut l’illustre plénipotentiaire de la France dans cette assemblée. J’attends qu’on publie donc ses comptes-rendus d’activité en tant qu’honorable correspondant de luxe parmi les enturbannés.

 

Omar écrivait parfois dans ce style fleuri qui sent la République coloniale et les palabres qui sont toute la sagesse de ce continent où comme le disait Michel Sardou, c’est tout un peuple qui danse comme s’il devait mourir demain.

 

Omar est mort et les frontières du pays sont closes, on craint l’interrègne et son vide, le goût du sang et des cendres, le charivari annonciateur du thaumaturge qui mettra fin à la transe.

 

Phantom Of Ben Gazzara

03.06.2009

Adresse à un homme de gauche

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La gauche est morte, elle se survit, bien sûr, elle a ses organisations, elle a ses drapeaux, ses syndicats, ses mots d’ordre mais l’Eglise du Progrès a déposé les armes, elle est au fond dans une salle désertée, elle est dans le débarras, comme disait Trotsky avec son ricanement ironique de farceur tchékiste, dans les poubelles de l’Histoire.

 

La gauche, en France, est née des décombres de l’Eglise de France, de la vente de ses biens, de la fermeture de ses institutions monastiques, de la liquidation en masse des prêtres, de la dégradation du culte en oraison nocturne et secrète ou en bouffonnerie philanthropique célébrant l’amour tout horizontal de l’Humanité et de la Constitution civile du Clergé.

 

On retient de l’émancipation des juifs décidée en 1791, ce mot d’ordre, rien pour les juifs en tant que peuple mais tout en tant qu’individu. C’est l’idéal républicain, la maxime vide de la table rase. Elle vaut pour les juifs, elle valut pour l’Eglise, elle enfante l’espérance d’un horizon historique où l’émancipation de tous les hommes sera enfin réalisée sous les harmoniques d’un orgue tenu par des castrats.

 

Les jacobins avaient rêvé d’un monde de sergents de ville en redingote, la vertu c’était cela, l’éradication absolue des superstitions (c'est-à-dire étymologiquement ce qui persiste de certains âges de l’Humanité, ce qui vient secrètement et nous tient infusés et en vie, bouillonnant de rêves et d’images), des désirs (tous en famille et Sade à la lanterne), des appétits (l’argent c’est mal) et de cette métaphysique en acte qui veut que certains hommes soient des météores flamboyants tandis que la plupart se tiennent au repos, ou dans le souci, ou dans la gêne mais toujours en attente de ce rayonnement.

 

Napoléon vint avec ses colifichets et ses plaines d’Europe dévalées en une traînée de poudres. Il a fait de ce vieux peuple paysan, de ce vieux peuple que chante la gesta dei per francos, un peuple de héros comme l’a peint Hugo, la Marseillaise sifflant dans les balles, le mur de granit, toute une imagerie fantastique qui se survit dans les soldats de plomb. Car dans tout petit français désormais, un guerrier sommeille affamé de gloire.

 

Puis la gauche ce n’étaient pas les doctrines et les phalanstères, les combats d’appareil et les normaliens à barbichette, la gauche ce fut l’insurrection et le feu, la tête de rat d’égout de Blanqui et la figure de nain de Louis Blanc mais surtout le tableau de Delacroix.

 

La gauche c’était cette femme à la poitrine opulente nouvelle Madone avançant dans un tressaillement de chair qui ressemble moins à l’émotion d’un collégien découvrant le bordel, qu’à celui d’un homme déboutonnant la première fois une femme qu’il aime. La gauche c’était cela.

 

Puis sont venus le temps des masses et des journaux, la cléricature intellectuelle. On continuait à chanter, à se compter, à crier vive la grève générale mais on perdait le goût des barricades et des incendies, la joie de brûler d’un coup de sang un monde qui aplanit.

 

Les derniers sont partis vers l’Espagne et les maquis un été 1936, un printemps 1943, sans rien dire à personne, ils sont allés vers les refuges, ils ont pris des armes.

 

Certains en sont revenus, d’autres y sont restés mais désormais, la gauche, claquemurant ses héros dans des commémorations à l’eau lustrale de l’antifascisme, est devenue un truc de bonzes épais et d’intellectuels progressistes s’interrogeant sur les façons de servir le chemin très escarpé de la Révolution, tout en payant rubis sur ongle le crédit immobilier et celui sur les appareils ménagers.

 

Aujourd’hui que le Révolution n’est plus, la gauche a perdu la modernité, l’horizon est si rétréci qu’il ressemble à un éternel présent. Le Progrès, la lutte contre les superstitions, les mauvais désirs, les mauvais appétits est l’apanage d’un Etat hygiéniste et délirant qui se campe dans cette figure monstrueuse du césaro-papisme new-style, avec blouse blanche et analyse sociologique.

 

Si l’homme de gauche était conséquent il suiciderait l’ensemble de ses organisations, déserterait les rues, brandirait des pancartes vides et toutes blanches, écraserait de son talon le mot même de politique, il retournerait à la métaphysique et aux créations, aux alcôves et aux boudoirs, aux fusils rouillés s’il le faut en se disant je n’aiderai pas aux carrières des chiens de meute avec leur petite moraline qui les conduit aux strapontins d’éternels subventionnés du sermon blafard sur les mille et une manières d’être un bon citoyen. Dimanche, messieurs, dames, je me torcherai avec vos bulletins.

 

Phantom Of Ben Gazzara

Ben Laden, tringleur de chèvres ?

Je me souviens d’images de Ben Laden dévalant la montagne, assis en tailleurs dans sa grotte. A première vue on se disait le gars se prend pour Mahomet, il vit retiré dans les montagnes, il crache la parole de Dieu au milieu des kalashs, on ne sait qui du Mollah Omar ou d’un autre joue le rôle d’Aïcha ou de Fatima mais bon la trame dramaturgique est là, Oumma Com for ever, revival plein feu, à la naissance de l’Islam ou du djihad de Nur al din, on chasse les croisés et les juifs perfides, c’est remake à tout rompre, sepia jusque dans la rhétorique, pour un peu on entend la charge des almohades obligeant Averroes à la discrétion absolue et au mépris silencieux pour ses coréligionnaires.

 

On peut aussi comme feu Theo Van Gogh voir en Ben Laden, le prototype du baiseur de chèvres, tringlant dans la montagne en compagnie de boucs hirsutes un troupeau laissé vivant par un passage de B 52 sur un désert de pierre tandis que resplendit le crépuscule sur Bora-Bora mais ce serait verser dans la bergerophobie.

 

Reste une dernière hypothèse, malgré l’anathème lancé contre les images, l’aura du bon vieux Ben Laden ne vient pas de son appartenance à la civilisation islamique mais de la résurgence d’un vieux fonds mytho-poïétique d’images appartenant à la Perse de Zoroastre et à l’érémitisme chrétien. L’homme retiré dans la montagne, l’homme qui médite dans les grottes, l’homme qui apparaît lors d’épiphanies gravées en vidéos, l’homme dont la parole court vers les places, cet homme là emprunte la figure du sage et du saint, cet homme là dit, je me nourris de mes épreuves, je suis l’exception à la règle, celle qui fonde à nouveaux frais.

 

A ce titre, cette image dit quelque chose de l’Islam, de son immaturité infinie devant la danse des images, leurs résurgences, persistances, fragmentations et croisements, de son incapacité à faire croître autre chose qu’un juridisme abscons et qu’une répétition en béton armée des mêmes arcs brisés et motifs, de l’impasse dans lequel s’agite l'idée même d'un universalisme musulman.

 

Phantom Of Ben Gazzara