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16.01.2008

La droite blogueuse

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« J’ai vu l’Action Française basculer dans le passé, au cours des années quarante, avec tout le XIXème siècle dont elle fut l’une des grandes œuvres », voici ce qu’énonçait Philippe Ariès en réponse à un lecteur troublé par l’ouvrage de Pierre Boutang, Politique. La droite n’était plus dans la droite, elle n’était plus nulle part sinon dans cette œuvre étrange qui conjoignait les hussards, la nouvelle vague, un sociologue appointé dans les locaux de la CIA , un ancien révolutionnaire au coude à coude avec des collabos revenus dans le giron de la très sainte mère l’Eglise, un moraliste roumain entretenu, un éditeur espacé rêvant d’un Camoens en uniforme vert olive, des historiens marginaux et le coup de butoir du général de Gaulle. Tout cela forme le spectre de la droite, il est à fois délimité et fortement tendu, on y perçoit des formes, une géologie des distorsions.

Une couche de catholicisme du refus après Vatican II et ses Eglises repeintes aux couleurs du Temple, un nationalisme qui s’exalte en courbe de croissance, un attachement discret mais certain à l’exercice d’un pouvoir concentré et personnel, un combat d’humour et d’estoc contre la moraline, une réhabilitation du sulfureux, un pas de plus sur le chemin du mal à moustaches, la colombe qui fait boum disait Paix et Liberté des signataires de Stockholm, une aventure qui se dilue, la fuite vers l’horizon discret des nuances et des mitraillages quand on est craché d’un hélicoptère, une morgue de survivant, une dépression alcoolique continue, un monde qui n’en finit plus de finir plié sous le Vent d’Est comme disait Godard après le buffet des petits soldats.

Qu’est-elle devenue la droite, la gauche dira elle est devenue libérale, mais la gauche ne comprend rien, d’ailleurs qu’est-elle devenue cette puissante armée de l’avenir, sinon un édredon où s’en vont pleurer toutes les sentines du monde, la gauche c’est le grand collecteur des larmes désormais, la veilleuse des acquis et des immortels principes comme si la Révolution n’était pas morte, atone, degré zéro du politique, on appelle cela chez les bien-pensants, la démocratie.

J’ai parcouru quelques blogs, pour savoir où en était cette droite d’estoc qui marque un pas de côté face aux légions bien ordonnées de l’UMP. Les thèmes communs n’existent pas, pas même le style ou le goût ou la matière, ou les formes, on dit réactionnaire mais c’est pour rire sinon chez l’hoplite, Stalker et les enfants de la zone grise. L’un poursuit une sorte de méditation sur la décadence occidentale, son moulage décervelé qui part en fumée, l’autre est une sorte d’araignée tissant aux quatre coins de l’Institution littéraire qui fut le Trésor de la droite française, académies et avant-gardes mêlées, avant de sombrer dans les casernes bolchéviques, les écoles et les foutoirs à trois temps d’une valse trouée, donc Stalker saisit les signaux et s’en va fouiller glissant sur chaque fil. Les enfants de la zone grise sont dans la chute, ils en parcourent la descente, tanguant entre nihilisme et coups de pied d’appel, ces trois là peuvent être dits réactionnaires, ils méditent l’Histoire, la langue, le pêché.

Il y a le môle défensif des catholiques, le Douaumont de la Trinité avec Fromageplus en athlète d’une anthropologie spontanée de la République en ses mystères, le néo-maurrassisme de Dies Irae, les ligueurs du thomisme hostiles à l’avortement, Polydamas ou le salon beige.

Il y a comme thème récurrent le couple étrange de l’immigration et de l’islam, or l’un lorgne du côté de la Race , l’autre de la Civilisation , il faudrait donc admettre que race et civilisation se superposent, au milieu de ce roulis, on trouve, XP, Paratext, Club Acacia, Dies Irae, Et tutti quanti, Ajm, Paul Emic. Les uns pensent l’islam comme une menace globale contre la civilisation occidentale, les autres affirment que l’immigration est un facteur de dissolution de la « race » française ou européenne. Dantec est donc la figure majeure du dispositif.

L’autre tendance lourde est un détournement carnavalesque des façons de la gauche culturelle manière Canal +, humour transgressif lorsque la société petite-bourgeoise affichait ses moeurs de provinces peintes par Chabrol, bascule vers l’ordre moral désormais. Philippe Muray est la grande figure d’un tel courant. Parcourant Ilys, A l’ombre des lumières, Albator, Cultural bangbang, petite mort, 5 years later, Bigpouf, Zorglub, on découvre la dissection de la moraline et l’adoration de la femme blanche, une érotique de vieux magazine impeccable, du Larry Flint on the rocks qui établit parfaitement le territoire des dévotions et celui des aversions.

Artemus a une fonction de passeur entre catholicisme et ordre moral débraillé, tandis que le Grand Charles ou Gai Lulu sont les libéraux en goguette, hostiles à la gauche, forcément démagogue, méfiante envers le grand homme mais profondément élitiste, c’est à dite attachés aux Institutions de la noblesse administrative.

La droite blogueuse, amas plus que parti aurait donc une typologie qui déroge très largement à la tripartition héritée de René Rémond ou aux oppositions toutes faites entre vichyssois et gaullistes : il y aurait bien une droite orléaniste mais anémiée, une droite légitimiste parce que hantée par la question de l’héritage et de son déni, une droite bonapartiste, peut être, parce ce que la dissolution de l’ Etat-Nation oblige à réfléchir et à choisir entre la « Race » et la « Civilisation », aussi je crois cette droite hantée par la question du Guide qu’elle pense nécessaire à toute sortie hors d’Egypte. Reste que le fond de toutes les droites serait la recherche d’un ordre moral, c'est-à-dire d’un ordre naturel et on voit mal comment cette droite pourra se passer de la lecture renouvelée de saint Thomas , à moins de sortir tout à fait du chemin et puiser dans la rhétorique païenne de la Nouvelle-Droite. Aussi le catholicisme est-il la colonne qui soutient en une unité la droite.

 

Je ne sais si ceux qui me liront se reconnaîtront dans ce portrait de groupe, il y manque toujours des nuances et quelques traits, le jeu des inimitiés et des goûts. Quant à ceux que je n’ai pas cités, mon temps a manqué et time is out of joint comme disait Hamlet.

 

Kaarlopkk

 

15.01.2008

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