« Mitterrand à Vichy, never mind | Page d'accueil | Charlie-Hebdo n°827, 23-29 avril 2008 »
24.04.2008
Questions politiques autour des sans-papiers
Un tel usage de l’illégalité traduit l’incohérence d’une législation sociale qui ne permet pas à ce marché spécifique de fonctionner de manière efficiente. En toute logique, l’Etat devrait adapter les règles du jeu de manière à ce que salariés trouvent un intérêt à travailler dans de tels secteurs et que les patrons qui les emploient ne soient pas contraints de mettre la clef sous la porte de l’URSAFF s’ils se découvrent une vocation suicidaire de légalistes scrupuleux. Mais on préfère s’en tenir à la théologie politique d’usage : à gauche, on crie haro sur les salauds d’exploiteurs en se tapant des nems au poulets sans trop se demander d’où vient ce personnel nombreux, parfois très jeune et affable. A droite, on hurle, salauds de français, tous des fainéants, tout en employant aux normes philippines plongeurs et cuisiniers. Sortir de ce dilemme serait donc une urgence, on en est loin.
Venons en à la question politique, des collectifs de sans-papiers déclenchent une grève sous les yeux doux de leurs employeurs qui ne crient pas à l’entrave à la liberté de travail, ils trouvent une oreille complaisante auprès des instances de la CGT qui jouent les auxiliaires préfectoraux, le tout aboutit aux déclarations d’Hortefeux qui n’écoute pas les sans-papiers mais traite deux ordres différents de problèmes : celui de l’emploi dans le secteur de l’hôtellerie, celui de l’opinion. La solution commune d’un tel dilemme, il la trouve dans un bricolage douteux : fournir un titre de séjour légal à ceux qui sont nécessaires, nécessité fixée par les employeurs et avalisée ou corrigée par des instances ministérielles inconnues. Cette solution lui permet d’évacuer la double question politique.
La première est simple, quel est le sens de l’emploi de clandestins dans certains secteurs (hôtellerie, restauration, BTP etc…) au moment où les portes battantes de l’Europe sont grandes ouvertes, y compris sur l’Ukraine, sinon peser à la baisse sur la fixation des salaires ?
Si on estime que la politique est une querelle ouverte d’être parlants, régulariser des sans-papiers revient non pas à agir selon les fluctuations de l’opinion et du marché mais à faire un pari sur le devenir de tels êtres humains, un devenir clairement français. Accepter ou refuser un tel devenir, accepter ou refuser une éternelle déflation des salaires ouvriers sont dès lors les seules questions à trancher.
pkkafternoon
10:55 Publié dans Semyorka et Katioucha | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sans-papiers, régularisation, hortefeux, ursaff, daguin



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