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07.05.2008
Francesca au Congo
Chaque matin sous le ciel gris plomb amoncelé en couches successives, Francesca était gagnée par la moiteur, chaque matin, elle frémissait au tournoiement d’un corps nègre, chaque matin elle interpellait une paire de couilles et chaque matin je la croisais comme ses duos de Kafka qui suçait une bite quelconque violacée rose écarlate dans un cagibi, un bureau, un couloir, un chiotte, une lucarne, une cave, une jeep, un lit d’hôpital, les cheveux roux pelotonnés derrière la tête, les yeux clos, je savais au regard extatique vaudou d’un homme que Francesca était à l’œuvre enfournant comme churro huileux une énième pelure, un énième tuyau de chair pantelante.
Elle avait sucé toute sorte de zaïrois et de frontaliers, des du nord Kivu, des de Lubumbashi, des de Kinshasa, des de Kisangani, des de la cuvette, des de Goma, des pygmées et des géants, des du fleuve, certains des confins, sa bouche était l’immense réceptacle du sperme congolais en déroute, le confluent des corps caverneux d’une nation qu’elle crachait en s’essuyant la bouche d’un geste sec du revers de la main.
Jamais Francesca ne dérogeait, jamais un petit enculage, une levrette sur un bureau, une table, un guéridon, jamais une cravate de notaire, jamais le gland saisi dans les apparats mammaires, jamais une missionnaire dans des lits pluvieux, jamais un gourdin dans le cul un autre dans la bouche, jamais ce genre de fantaisie, toujours la bouche pleine, elle punissait ses paroles.
Avec sa cavité buccale noyée de sperme il semblait que Francesca expiait en italienne portée sur le repentir la langue fornicatrice et blessante de l’Occident, elle venait là dans le drapeau de l’ONU sortir des couilles de tous ces gens la pacification processuelle d’un pays de laves et de démons fourbus, de féticheurs embusqués dans un dédale de verroterie et de lambeaux sacrés de Bibles en plastic, elle venait là dans la senteur d’un amas génocidaire, dans le pourtour des camps de réfugiés hutus fuyant les lieux de leur massacre, expier par la bouche, ce qu’elle croyait une faute indélébile, sa blancheur coloniale.
Pas de plaisir à puiser le moindre millilitre dans la caverne impie d’une couille poilue, une compulsion punitive qui inquiétait jusqu’aux supérieurs onusiens qui lui disaient, calme toi Francesca, plus discrète, moins répétée, change de couleur, mais non Francesca s’obstinait en mission pour un tiers ordre imaginaire de pénitente à bouche pleine, elle laissait les indiens et pakistanais, les chinois et népalais, ce qu’elle voulait c’était tirer d’un masque extatique à bouche ouverte, à yeux clos, la secousse de pardon qui la rendait à sa pureté stérile, à sa liberté d’humanitaire, à son rebirth de communiante.
Les autorités finirent par la refourguer dans un avion, j’imaginais que tous ceux qu’elle avait aspirés la saluaient le dard pointé sur le Boeing branlant avec sur l’arête du nez des ray-ban d’imitation masquant des pleurs d’enfants sur l’envol de l’idole blanche.

13:39 Publié dans Komintern | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : congo, expier, kafka, francesca




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Commentaires
Ahah ! Arlo, ta description est bien en deçà de la réalité ! Mais bravo pour ce travail de synthèse, ça donne tout de suite envie de repartir…
Ecrit par : Alibekov / PKK | 07.05.2008
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