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16.05.2008

Lettre à un camarade gréviste

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Tu vas, tu viens camarade, sur le pavé, la chamade, la camarde c’est pareil, ça paraît un corbillard tellement c’est pesé, rompu, défait. Dans ta besace les mêmes mots de défense reviennent, un service public que t’ajoutes, un service public, on dirait l’Hôtel du Parc le 11 juillet, un altier disait service inutile ou à peu près, mais toi que viens tu faire avec ton service, de quoi parles tu quelle est la sujétion secrète qui traîne, virevolte entre les sept lettres qui ont le terme de vice pour descente atonale.

Sur le piano désaccordé du savoir en partance, ton nom est déjà apposé camarade, tu seras de la liste, tu voudrais des justes mais tu baisses les bras, tu fais le front têtu, tu dis presque hussard, tu balaies le petit bourg dieu, petit livre, petite pensée, petit rougeoiement, petites braises, t’entends dans la foule, Be-san-ce-not, t’as comme l’échine ployée de honte de les trouver là ces quelques syllabes, Be-san-ce-not, comme mythe errant, comme cristaline, comme tous les noms propres passés d’ici, de là, dans un titre et une marque, dans un juke-box et un coca, ça repart.

Dis moi camarade, t’es pas si jouasse que tu puisses mépriser sans frémir, tu sais bien la défection, tu sais bien le médiocre, tu sais bien le slogan, tu sais bien les fleurs de mâchefer de la langue politique et syndicale, tu sais bien les tours de table et les prises de parole, les c’est à moi et encore, les silences gênés, les colères ourlées, le déferlement bête, la coupure franche, des fois tu zyeutes d’un éventail, que fais-tu là ?

Dans la nasse, le piège, tu t’enfonces, pas à pas inéluctablement, arrodillé dans la pénombre, tu te tasses comme un manteau mou et tâché qu’on tient dans un angle de grenier, on sort la naphtaline, on dit de toi de telles choses, faudrait des fois qu’ils y viennent dans la fourrière, plus un médecin ne s’y risque, plus un pompier, presque plus de képis mais parmi les tiens, fidèles au poste, j’entends grésiller service minimum, la fonction s’affiche, garderie, grande crèche, no man’s land c’est ton territoire étiré d’enfances sonores, t’es resté dans le roc administratif, tétanisé, tu voulais qu’on y croit encore, tu voulais qu’on y consente, tu voulais que la lettre sauve, tu te voulais prêtre de cette Eglise d’albâtre à buste femelle, tu voulais l’allégorie dans chaque défroque, tu voulais la trinité en firmament, tu disais comme ça, liberté, égalité, fraternité, ça répondait, inanité, ignifugé, festivité, où seraient tes vœux camarade dans ce fatras ?

Personne ne se sauvera par l’école, personne n’y perdra non plus, tu finiras par serpenter, tu finiras par te causer en fantôme, tu t’oublieras peut être, tu te pousseras de loin en loin sur la pente du congé de toi-même, tu auras tu toute ambition, ravagé d’oubli, tu t’endormiras dans le narcotique doux des cris familiers, papa, maman, lala, lala, tu trianguleras en moderne, les yeux luisants de mille détours, le soir venu tu penseras pour demain, toujours demain, tu te prendras à murmurer, Zarathoustra.

Allez camarade, qui gouverne ment c’est de fonction, d’hier et d’aujourd’hui cela ne s’éteindra pas, celui qui choisit la pente du savoir, choisit, dans ce pays, la guerre, parce qu’il choisit de combattre la crème fouettée de la conversation qui n’accorde jamais deux mots au même archet, celui qui est touché par le talent choisit la discrétion pour ne pas attirer la meute curieuse de connaître le malséant qui la dérange dans l’uniforme standard de la vielib’, il n’ y a plus de femme et d’homme mais des pariétaux, il n’y a pas plus de talents et de parabole, compassion et statistique caracolent, pont lacrymal des soupirs, le temps d’avaler, déglutir et basta, l’école se dilate, au néant.

Vois-tu camarade pour que l’école existe, il eut fallu la foi en l’Eglise ou au Savoir, les deux ont déchu avec l’attirail entier des ailes et de l’anonymat, à l’Europe qui vient, il faut des gestionnaires, des techniciens et des dérouleurs de signes massifs, cela ne réclame ni la foi, ni le savoir, tu restes avec ton tribunal critique, pas perdu, Diderot et Rousseau dans la cave, comme Joseph K, tu sens le fouet qui s’abat sur leur dos, punition méritée, punition dévolue c’est toi qui les as conduits dans le réduit, c’est toi qui tient les lanières, c’est toi qui entremêle aux syllabes du grand marché le flatus vocis de pédagogie tu paies de mots tes abandons, tu les laisses, la peau en miettes, ils te supplient, tu te détournes, déjà parti vers « tes » élèves qui te clouent chaque jour au tableau noir de la mélancolie.

 

Arlozoroff/PKK.

 

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