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25.06.2008

Minc et BHL : le juif français comme histrion

Alain Minc et Bernard Henri Lévy sont les figures juives les plus connues du pays, deux biographies leur furent consacrés, respectivement par Laurent Mauduit et Philippe Cohen, pour ce qui est des titres je laisse à chacun le soin de chercher.

Première remarque, une absence quasi-complète des femmes dans ces deux bios, on les évoque, mystérieuses Sophie ou Arielle, muses muettes de derrière les rideaux, on les peint donc en ombres chinoises mais rien de cet emballement pour les chairs, de cette soif de déchiqueter et de se perdre qui marque les parcours des hommes de lettres.

A la place des femmes vient sous l’écriture des deux journalistes, la passion des affaires, le flux monétaire qui se gonfle et circule. On suit Minc à travers les déboires (Fauroux et Péchiney, de Beneditti et la Société Générale de Belgique) mais aussi autour des associations victorieuses avec Pierre Bergé et Bolloré. On convoque le nom appareillé des Rothschild, on peint la fresque d’un club de requins en eau trouble, la dame de Shanghai si l’on veut.

Puis voici BHL et son héritage, BHL et la vente de la société familiale à Pinault, BHL et son action coup de poing dans les bureaux d’une entremetteuse en faillite.

Les deux hommes écrivent comme si le destin d’un juif de renom ne pouvait s’écarter de l’argent, comme s’il devait tressauter le long de ce fil rouge, épuisant tous les appétits.

Dès lors, on opère la première substitution, celle de la monnaie qui vient en place des femmes, ça sent son Shylock mais poursuivons.

Le deuxième point concerne la politique, on y voit le rôle de Minc dans l’écurie Balladur, sa conceptualisation des notions vides d’équité et de discrimination positive, sa lutte sourde contre Chirac et Rosanvallon, soit le conflit entre la bourgeoisie d’estoc et les démochrétiens, la France en ses racines primordiales, coffres-forts et prie-dieu.

Dès lors de Minc, on nous dit qu’il eut des parents communistes (car toujours dans ce type de discours qui oublie ses présupposés un juif suit les deux pôles de la subversion, l’argent apatride et la Révolution , il suffit de relire Maurras, pour les plus fainéants Coston), qu’il fut proche de Nora, que son patronyme sent la Pologne des Schtetlekh (rayée de la carte par le sieur Hitler), on nous dit tout cela en oubliant le frénésie d’un type qui n’a pas de place assignée, qui ne tient son statut social de bouffon financier que d’une réputation de première martingale à l’ENA (école des porcs d’Etat comme la définissait Milner) ou de rites d’adlection dans le club fermé des corsaires sans titres de l’investissement et du pillage d’épargne. Monsieur Mauduit et avec lui d’autres anonymes ou non voudraient que Minc soit le rouage d’un capitalisme de copinage alors qu’il fut, en France, un de ceux qui nouèrent leur destin aux bouleversements en cours du capitalisme, délaissant les rites patronaux des trente glorieuses qui voulaient qu’on fasse le baiser au parrain, Ambroise Roux ou Bébéar. Bien sûr en millionnaire décomplexé il introduit les mœurs Rolex et gros mots là où les relents de Pétrus masquaient les couteaux et les accidents répétés façon chasse à coure, désormais on meurt comme l’ami Stern dans un collant couleur chair après un intervalle sado-maso, Chabrol n’a plus qu’à changer d’intrigue.

On donne BHL fasciné par Mitterrand puis déçu, tête de linotte, fonçant dans le trou à rats bosniaque. On oublie qu’il n’était pas seul et que les gens du monde, les gens du faubourg si on veut conserver la géographie proustienne, en pinçaient pour l’islamiste discret Itzebegovic, au nom de la multiculturalité bosniaque comme si la Serbie était dépourvue de Voïvodine, de Sandjak, de Kosovo, comme si les serbes suivaient la flûte suicidaire de Milosevic les yeux bandés et des kalashnikov en bandoulière avec la baïonnette pour le final charcutier.

BHL voulait être Malraux et Sartre, il ne fut rien parce que la posture adoptée, celle du marketing moral, ne peut fonctionner qu’à l’aveuglement ininterrompu. On vit donc BHL parader en tête de gondole des combats douteux : l’antiracisme, la Bosnie , l’Algérie des démocrates en uniforme vert olive et j’en passe. Mais Cohen ne voit pas que la rhétorique grand vent de la chemise ouverte masque une croyance démesurée dans le nom de France et de français que BHL associe au discriminant de la Loi morale. Dès lors il refoule les yeshivot dans un coin secret où s’affairait un autre Lévy revenu des marxismes. Douleur intime de se dire juif sans pouvoir témoigner d’autre chose que d’une simple approbation envers les arpenteurs de Talmud, douleur de n’avoir rien su et appris, douleur d’appeler ses enfants Antonin et Justine, douleur de s’envoler dans un Universel de commande au moment où le soutainement des révolutions s’effondre.

Deuxième substitution à l’homme qui corrode les mœurs de la bourgeoisie d’affaires d’obédience démochrétienne, on préfère tracer le portrait d’un Nuncingen renouvellé, à l’homme qui affirme la vacuité de sa judéité, on substitue un bellâtre maculé.

Le troisième point concerne les Lettres. Il est bien évident que les deux hommes sont des essayistes à la mode des Halévy, Maurras ou Thibaudet à ceci près que leur langue n’a plus la saveur de la prose d’idée qui prévaut depuis Montesquieu et dont Péguy avait renouvellé le genre. Minc a donc des collaborateurs, il plagie, il serait donc illégitime au nom de cette loi non-écrite que psalmodie Mauduit, l’écriture est réservée aux tâcherons de l’Université et du Journalisme, exit l’homme libre.

Le même procédé affecte BHL qui semble fâcher avec la précision obsessionnelle de la tradition critique de l’humanisme. Comme agrégé il semble que BHL se dispense de toute relecture au risque du ridicule.

Pourtant la véritable question éludée est celle-ci : comment se fait-il que des hommes riches qui peuvent et déclarent vouloir s’adonner à l’étude, comme le fit Machiavel en son temps, préfèrent l’agitation brouillonne des plateaux et des cocktails, le papillonnement des intérêts, le chatoiement des conversations, en une phrase les rites de la mondanité.

Proust y répond parfaitement : parce qu’un homme n’écrit pas à la lumière des succès, des lampions et des groupes mais dans le désastre où s’efface la jeunesse et où l’on mesure qu’on a plus le temps de se disperser, qu’on est dans la réclusion et la pénombre, emporté vers l’infini de la mort au travail.

C’est donc dépouillé, à la recherche de ses hiéroglyphes intimes que l’écriture se déploie. Sinon elle est au mieux intéressante ou stratégique, symptôme d’un esprit qui n’est qu’une écume du monde, un pli qui se défait dans la dérive.

Même à cette aune Minc et BHL écrivent en miroir, ils s’aiment trop, spéculant sur le collecteur de l’opinion avec ses yeux de mouche qui font qu’on les lit sans jamais savoir à qui appartiennent de tels mots.

Troisième substitution : A la question qui noue l’écriture à la liberté et à la mort des singularités on substitue les règles du milieu journalistique et universitaire qui disqualifie et tient dans l’écart les pestiférés.

Soif d’argent, vulgarité des parvenus, illégitimité de l’exercice noble de l’écriture, les deux journalistes n’arrivent pas à se détacher des clichés de l’antisémitisme ce qui prouve que ceux-ci reviennent. On aurait pu signaler d’autres pistes autour des réseaux qui tiennent les rennes du capitalisme français et où Minc figure une sorte de hussard dont on use et dont on se débarrassera comme on congédie un valet, on aurait pu insister sur le vide d’une judéité qui croit au mythe de la Grande nation, on aurait pu signaler que l’écriture de ces deux hommes est toute entière tissée des mécanismes du marketing, on aurait pu conclure que ces deux juifs français ont la place étrange de l’histrion, on aurait pu y ajouter Badiou et le portrait de groupe aurait été complet.

 

Arlozoroff/PKK

 

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Commentaires

http://www.dailymotion.com/video/x19v99_bhl-entarte-commente-par-desproges_fun

Ecrit par : p. | 26.06.2008

"On vit donc BHL parader en tête de gondole des combats douteux : l’antiracisme, la Bosnie , l’Algérie des démocrates en uniforme vert olive et j’en passe."

Le plus beau est qu'il passe de l'un à l'autre sans fil directeur, sans moral propre; dans chacun des combats pour lesquels il s'est "engagé", il aurait tout aussi bien pu choisir l'autre camp, l'important pour un homme de gauche étant de s'engager, peu importe où et dans quoi.

J'ai vu il y a quelques années une vidéo de BHL vantant ses innombrables et toujours justes combats. Soudain le journaliste lui demande de parler de son engagement, main dans la main avec Reagan, pour les Contras au Nicaragua.

BHL monte sur ses grands chevaux, crie, hurle, éructe que jamais, ô grand jamais, il n'a soutenu les Contras !

Il fait son numéro outré pendant une minute, puis le journaliste lui tend un papier : "voici une pétition de soutien aux Contras et voici votre signature dessus".
Et là, BHL de dire : "J'ai signé ? Ah ben, j'ai soutenu les Contras alors". Et puis c'est tout, aucun trouble pour lui, aucun souci de cohérence dans l'engagement politique puisqu'il n'en a aucun.

La vidéo doit encore trainer quelque part sur le Net.

Ecrit par : NightEye | 26.06.2008

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