04.07.2008
Révélation : la parole d'Ingrid Bettancourt
Il y a de cela quelques décennies Merejkovsky avait offert avant de mourir sa vision d’un Dante prophète, d’un Dante réformateur, d’un Dante lecteur de Joachim de Fiore, d’un Dante plongé dans l’Apocalypse de Jean, d’un Dante en attente de la descente de l’Esprit saint, l’esprit d’amour, l’esprit de réconciliation.
Hier, malgré tout j’ai vu Ingrid Bettancourt dans une cour avec, dans le coin de l’écran, la crosse de revolver d’un garde du corps, crosse qui ne cessait d’aller et venir, d’apparaître et de disparaître du champ de la caméra. Les paroles étaient celles de Dante revues par Merejkovsky, les Farc m’ont dévoré le cœur, la forêt infernale a failli m’engloutir, un homme m’a pansée, m’a ressaisie, m’a conduite hors du chemin obscur, il faut cesser les divisions, il faut revenir à l’Apocalypse, à l’amour. C’est à de telles paroles qu’on perçoit la force du mythe chrétien, la dureté de diamant des symboles qui s’y attachent.
Ses paroles marquent une rupture avec la Dame d’avant l’enlèvement, la fille d’oligarque, l’européenne ambassadrice des bonnes mœurs, la Pythie du dialogue et du chacun a ses raisons qu’il faut adoucir à la table du dialogue, elle le dit ses hommes, les Farc, ont de l’être humain une vision de cauchemar, jappements et soumission c’est tout ce qu’ils comprennent, c’est tout ce qu’ils sont, les hommes de la forêt sont devenues des bêtes sauvages et pourtant ils restent des âmes souffrantes, allons les chercher.
La Dame avait dans ce jardin, un téléphone portable, un micro devant elle et dépassant d’un chapelet, la croix salvatrice. Il n’y avait pas besoin d’aller plus avant dans la parole pour savoir qu’elle tenait son sort pour un martyre et sa survie pour une révélation, à elle-même, de la foi de son enfance.
C’est dire que la force du christianisme est de donner un sens à un tel coup du sort, à la face immonde de ce monde qui va si bien, qui est si bien de tables rondes en repas, de visites en discours, d’onuseries en rationalisme de façade, c’est dire que la force du christianisme ne tient pas dans les tractations avec la fraternité saint Pie X, le retour de la messe en latin et la communion sous forme de proskynèse, modalités qui semblent être l’essentiel du catholicisme français égaré dans ses contreforts sociologiques.
Arlozoroff/PKK
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03.07.2008
Discours de Sarkozy sur Bétancourt : l'énuque qui croyait libérer la Princesse
Le bon goût nécessiterait de la part de cette forteresse gouvernementale un splendide suicide collectif inspiré de Massada,, mais il faut croire qu'aux yeux de ses tristes défenseurs, l'honneur est inexistant, et que le Monde n'a nullement besoin de réitérer l'expérience vécue par la Legio X Fretensis en 72. C'est bien dommage…
La construction des discours de Nicolas Sarkozy, s'articule autour de quelques principes synthétiques, mnémotechniques, et se terminent systématiquement par une annonce choc, dont la fonction première est de susciter une vive émotion, et la seconde, de cacher par la présentation d'un projet sociétal irréalisable, en total dissymétrie avec le bon sens, le vide abyssal de sa politique, et l'absence flagrante de résultats. Cet écran de fumée est bien sûr alimenté par le relais journalistique, qui focalisera sur la formule au lieu de se concentrer sur les faits.
Un tableau familial.
Le discours du mercredi 2 juillet ne déroge pas à la règle, et répond en plus à une scénarisation compationnelle, dans laquelle Nicolas Sarkozy placé au milieu des proches d'Ingrid Bétancourt, joue le père de famille ; donnant une impression de pouvoir décisionnel qui a bien évidement contribué à la libération de l'otage. La scène est donc divisée en deux parties parfaitement égales :
- à droite les trois enfants.
Des félicitations personnelles.
La modestie semble de mise dès le début du discours, qui prend le parti de féliciter les auteurs de cette opération d'exfiltration en partant du particulier au général. Ensuite, à environ 50 secondes, le glissement narcissique est amorcé par l'emploi de la première personne du pluriel, qui suggère que la libération a été conduite de manière frontale par le président français et son entourage : "Je voudrais également remercier tous les autres chefs d'État d'Amérique du Sud qui NOUS ont aidé […]". Progressivement, le rapatriement éclair de la prisonnière a été rendu possible par "[…] tous ceux qui en France se sont mobilisés, les comités de soutien, les artistes […]."
Le projet impossible.
La clôture du discours est lancée par l'annonce d'une énormité, du fameux projet irréalisable inscrit la droite veine délirante de son initiateur. Ainsi, pour Nicolas Sarkozy, il serait envisageable que la "[…] France soit prête à accueillir tous ceux qui seraient prêts à renoncer à la lutte armée […] ", soit 10.000 guérilleros marxistes, s'il prenait envie à l'ensemble des FARC de gagner le pays de la Diversité et de vivre dans un HLM de la ville de Paris.
Le président français nous a donné une fois de plus l'occasion de constater que l'intention primait sur le résultat, que l'émotion l'emportait définitivement sur le concret. La jolie photo de famille ne pourra pourtant pas effacer le ridicule des médiations françaises, noyées dans l'amateurisme le plus complet, ni même du discours de Noël emprunté au poncif des poncif ; I had a dream.
23:29 Publié dans Propagande | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alvaro uribe, colombie, farc, ingrid bétancourt, nicolas sarkozy, ump
08.05.2008
Sylvain Gougenheim, ce pelé, ce galeux…
Sylvain Gougenheim est poursuivi par un aréopage de médiévistes qui l’accusent peu ou prou de sombrer dans l’islamophobie sous prétexte que ce dernier conçoit l’apport arabo-musulman quant à la connaissance et à la transmission de l’œuvre d’Aristote entre le VI et le XIIème siècle comme quasi-nul.
J’affirme que ces gens sont de mauvaise foi et qu’ils jugent du point de vue qui était celui de Lyssenko, celui de l’orthodoxie politique du moment, l’européisme béat.
En effet, il se trouve qu’il y a quelques années je fus du concours d’agrégation d’Histoire. On y dissertait de la Renaissance du XIIème siècle et le nom de Jacques de Venise y était totalement absent.
L’historiographie se résumait à ceci : la connaissance d’Aristote concernait peu ou prou une partie de l’Organon, celle transmise par Porphyre et Boèce, sur laquelle saint Anselme et Abélard édifièrent leur œuvre logique qui est aussi une œuvre politico-religieuse. A cette filière s’ajoutait celle de Tolède et de la Sicile normande conquises entre 1064 et 1086 et dans laquelle des juifs convertis ou pas firent ouvre de traducteurs et donc de passeurs entre les civilisations arabo-musulmanes et latines.
Si j’ai bien compris le sens de l’ouvrage de Sylvain Gougenheim, celui-ci en rajoute une troisième qui passe par la figure de Jacques de Venise, les byzantins et le réseau des monastères de quoi arracher la traduction et l’appropriation de l’œuvre du stagirite aux seuls territoires de la scolastique, « écoles » du XIIème siècle puis universités.
Aussi l’Aristote au mont Saint Michel est une œuvre profondément dérangeante en ce qu’elle tient le Haut Moyen Age pour le chaudron dans lequel l’Occident latin se structure en dehors de toute interaction avec une civilisation arabo-musulmane prétendument supérieure, si bien que les apports ultérieurs d’Avicenne et d’Averroès s’inscrivent dans cette doctrine chrétienne qui tient Dieu pour connaissable, les conduites humaines pour réformables et le savoir pour central dans la définition de ce qu’est une vie bonne.

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